Conférence sur RUE MONTE AU CIEL
(paru dans « Antilla » n° 1046)

Les caprices de Suzanne
par Patrick SULTAN, agrégé de Lettres classiques
 juillet 2003
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Conférence présentée à Fort-de-France, à la bibliothèque Schoelcher, le 20 mai 2003, par Patrick SULTAN, agrégé de Lettres classiques, sur RUE MONTE AU CIEL, le dernier ouvrage de Suzanne DRACIUS.

Une écriture volcanique

Depuis 1989, date de publication de son premier ouvrage, L’Autre qui danse, jusqu’à aujourd’hui, Suzanne Dracius semblait n’avoir rien écrit ou publié de significatif. Les promesses de ce premier roman, bien reçu par la critique, restaient non tenues. Les lecteurs pouvaient se livrer à toutes sortes de conjectures : un passage à vide, un silence durable, une éclipse de l’écriture, une fuite de l’inspiration… En découvrant Rue Monte au ciel, sa nouvelle œuvre, ils se rassurent et se détrompent ; ils constatent même qu’au contraire, la belle calazaza n’a pas cessé d’écrire. Si l’on prête attention, en effet, aux dates de composition des neuf textes formant ce recueil et qui s’étalent de 1988 à 2002, on s’aperçoit que le désir d’écrire n’a pas quitté cet écrivain. Bien au contraire. Cette frénésie d’écrire la saisirait même « jusque dans les moments les plus dérisoires de sa vie, si bien qu’elle ne bat plus une omelette sans laisser la fourchette en suspens pour courir griffonner des notes sur le pense-bête à provisions, entre poudre à récurer et sucre en poudre, à tel point qu’elle ne se fait plus un shampoing sans surgir de la salle de bains, dégouttante, pour fondre sur son bureau et asperger, buste nu, seins en bataille, fauve crinière dégoulinante, la feuille vierge où grimacent son écriture et les êtres avides qui lui parlent, l’appellent, la convoquent, exigent de se dire, tiennent à être. » (208). Cependant si ces appels bacchiques de la pulsion d’écrire ne laissent pas de répit à Suzanne Dracius, celle-ci n’écrit en retour qu’à son rythme, à son heure, librement, au gré des occasions, de manière peu prévisible. « On dirait qu’elle va éclater, qu’une sombre explosion gronde en elle. (Ou une implosion, qui sait ?) Qu’elle contient une nuée ardente impatiente de jaillir hors d’elle. » (207). Elle entend donc pratiquer une écriture volcanique née sous le signe du Mont Pelé.

Le caprice, la liberté.

C’est le secret que, parmi d’autres, nous révèle son plus fidèle confident, c’est-à-dire son ordinateur, instrument indiscret, serviteur jaloux et délaissé, qui laisse éclater son dépit dans la nouvelle qui clôt l’ouvrage, intitulée Écrit au jus de citron vert : « Elle ne fait que me solliciter de temps en temps, et ensuite se détourne de moi. Elle se sert de moi quand cela lui chante. » (209). « Quand cela lui chante » ! Cette expression populaire, si savoureuse, exprime bien le caprice, l’humeur (bonne ou mauvaise), mais aussi suggère la recherche de la notation ou de la note juste ; le caprice, au sens musical, c’est-à-dire une forme brève, libre et surprenante, mais qui se rattache à une tradition, à un lieu, qui a du caractère. Cette forme musicale de « caprice », forme limitée, mais divertissante et propice au déploiement de toutes les virtuosités, pourrait nous être utile à définir la particularité des pièces qui forment Rue Monte au ciel. En effet, chacune d’elle exprime un moment, une occasion, une situation et aucune d’elle ne permet d’en prévoir l’autre ; chacune est singulière et exige du lecteur une disposition d’esprit différente. On y perd en homogénéité apparente, en visibilité de la construction ou en impression de continuité. Mais on y gagne en variété et en surprise.
On repère d’abord une veine historique. Ainsi, Sa destinée rue Monte au Ciel, qui donne son titre à l’ensemble, reconstitue l’atmosphère de Saint-Pierre à la veille du grand cataclysme et dans ce décor de fin du monde raconte une naissance d’une vie nouvelle, d’une vie de liberté reconquise. La suivante, De sueur, de sucre et de sang, se rattacherait davantage au récit stylisé d’un souvenir familial, une évocation du monde de l’habitation vu du côté des maîtres, à la manière de Maupassant ou de d’Aurevilly. Mais à cette plongée dans le passé martiniquais à quoi nous invitent ces deux récits qui inaugurent le recueil, on peut opposer ou plutôt juxtaposer des textes donnant une vision bien moderne de la Martinique urbaine. Ainsi, dans Les trois mousquetaires étaient quatre, récit situé dans le Fort-de-France actuel, un jeune bougre se fait coffrer pour avoir, en toute illégalité, tenté de débaptiser le Boulevard du Général De Gaulle afin de proclamer la gloire d’Alexandre Dumas. Cette nouvelle commémorative s’apparente à ce que je me risquerais à appeler de l’ « histoire littéraire-fiction ». Les textes suivants n’offrent pas moins de variété : ce sont des souvenirs, à moins que ce ne soient des fantasmes, des choses vues ou simplement imaginées, transformées en contes pour veillées comme dans La Virago qui est, comme chacun sait, le nom d’un type d’engin fort prisé par la jeunesse motocycliste de Martinique. Ou bien encore ce sont d’intenses moments de vie, des récits autobiographiques de rencontre : dans Oedipe en train, on assiste au face-à-face drôlatique entre une écrivaine antillaise et un juif de l’Est qui trouve en elle l’image de sa mère juive, sa yiddishe mamme. Plus pathétique, le récit intitulé : Petit enfant n’est pas grain de roche aborde le problème de l’enfance maltraitée en Martinique. Sur un autre registre, c’est une méditation pleine de verve sur ce que représente la maison pour un écrivain (Chlorophyllienne Création). Enfin, dans Écrit au jus de citron vert, on peut lire une sorte de confession indirecte, à moins que ce ne soit un art poétique exposé sous la forme d’un journal tenu par un ordinateur d’écrivain. Cette diversité est-elle le signe d’une dispersion artistique, d’une fâcheuse tendance au composite ? Ce qui fait, peut-être, l’unité de toutes ces scènes comiques ou pathétiques, ce qui rassemble les personnages de ces contes cruels ou tendres, poétiques ou malicieux, c’est bien l’humeur, la fantaisie souveraine, le caprice.

Rebelle à l’enfermement.

Je me garderai, toutefois, de proposer une définition hâtive du travail d’écriture de Suzanne Dracius. Certes, situer l’oeuvre d’un écrivain, la définir, lui assigner un périmètre identitaire ou idéologique est assurément une des tâches, (un des pensums ?) de la critique littéraire. N’empêche. Cette tâche, forcément réductrice pour tout écrivain, serait vraiment mal venue pour l’oeuvre de Suzanne Dracius dont une thématique profonde, peut-être essentielle, consiste précisément à récuser les limitations, à refuser toute inféodation à une idéologie, tout enfermement. « Elle a horreur des ghettos », particulièrement, écrit-elle du « ghetto féminin où l’on s’obstine à enfermer les femmes qui écrivent. »(183). « Vivre libre ou mourir » - ce cri lancé par « le grand chef amérindien avant de se donner la mort plutôt que d’accepter la servitude sous le joug des conquistadores venus de l’au-delà des mers » (16) inaugure, non sans quelque emphase, le recueil et en traverse toutes les pages ; il pourrait être la fière devise de tous les personnages positifs qui s’y rencontrent : la rebelle Leona qui « prend plaisir aux choses interdites » (26), « la célibattante Mathildana », la narratrice, cette « fauvesse » qui « avait décidé que jamais, non, plus jamais, elle ne laisserait qui que ce soit tenter de lui esclaver la tête. Ni la tête ni le corps ni rien. »(195). Ils sont en quête d’un espace soustrait aux pesanteurs et aux contraintes de la vie sociale, refusent les limites qui leur sont imposées. Ce refus obstiné de suivre le courant, de se laisser saisir et réduire, pourrait être le signe d’une certaine originalité dans une littérature antillaise où, pour des raisons historiques, les romanciers ou poètes majeurs furent aussi des essayistes, des hommes publics, qui ont été sommés de prendre place et position à l’intérieur de débats politiques et idéologiques autant qu’esthétiques (négritude, antillanité, créolité, etc.).
Le propos de Suzanne Dracius est plus individualiste, plus solitaire, plus imprévisible. Son projet esthétique (si toutefois dans une démarche aussi peu concertée et peu uniforme on peut discerner un projet) ne s’inscrit pas dans la perspective d’un combat politique ou social mené à coup d’essais fracassants, d’articles polémiques, d’interviews percutantes ou de déclarations incendiaires. Suzanne Dracius est d’abord une conteuse ; elle compose des récits, des fables ; c’est un tempérament d’artiste et, à ce titre, ne laisse à personne le droit de lui imposer une obligation qu’elle ne se serait pas imposée elle-même, une contrainte qu’elle ne choisirait pas. Ce côté franc-tireur, ce désir farouche d’indépendance bohème, cette revendication d’une souveraine liberté dans ses choix, dans ses goûts, dans ses préférences et références ne laissent pas de séduire et d’impressionner.

Une sensibilité antillaise

Par cette impérieuse revendication de liberté, ce recueil s’inscrit paradoxalement dans ce que l’on peut appeler, au sens large, une « sensibilité antillaise », ancrée dans le souvenir des multiples figures de rébellion, de résistance, de refus. Et en un sens, tous les personnages principaux sont en quête d’une vie libre, d’un espace où le poids des interdits sociaux disparaît. Quelle que soit notre condition sociale, que l’on soit domestique ou bien maîtresse, il faut rompre les amarres. L’ « abolition » n’est pas seulement un fait historique, c’est d’abord une exigence quotidienne ; on doit la réaliser toute affaire cessante... Quand Léona, jeune domestique réduite au quasi-esclavage par ses békés de patrons décide de quitter le statut ancillaire auquel sa naissance la condamne, elle n’attend pas une seconde de trop : « Fini le temps où l’on s’amusait de son corps. Elle n’est plus le jouet de personne. C’est elle qui, dorénavant, a pris en main son destin. Elle fuit les flétrissures, les viols. Elle fuit la rue Monte au Ciel. Elle s’est embarquée, elle part. » (65) ; une autre héroïne, Emma, échappe à ses tutrices, à ses chaperons, à l’univers confiné et fade des Maîtres blancs où son notaire de mari aurait voulu la confiner : « Profitant de la sieste de Marraine à la vigilance assoupie après son copieux déjeuner, Emma s’est glissée, preste mangouste, jusqu’aux abords de l’autre Monde. Clandestinement, jouissant de sa désobéissance, elle s’est faufilée au-dehors sans que Man Sonson s’en doutât. » (100). C’est non seulement le désir d’indépendance mais aussi le plaisir charnel de la liberté recouvrée ; cet émoi ne va pas sans une intense sensualité : « Furtivement Emma suit la trace des géants noirs du matin, se laisse guider par le cours d’eau qui alimente le moulin de l’ancienne sucrerie, s’élance vers la viridité des bambous qui s’érigent là-bas, se fie à leur toison touffue. (…). Rapidement Emma est en nage, dans la touffeur des broussailles. Elle suffoque, a peur des serpents. Elle se précipite, palpitante ; ses pieds se prennent dans les racines ; les basses branches lui giflent la figure. Très vite elle ne voit plus le soleil, happé par les frondaisons. L’air lui manque, elle n’y voit plus clair. La sueur lui coule dans les yeux. Jamais elle n’est allée si loin. Jamais elle ne s’est enfoncée si profondément dans les bois, jusqu’aux extrêmes limites de la propriété. Va-t-elle finir par se perdre ? » (100). Cette thématique profonde, voire cette obsession bien enracinée, commande le regard jeté sur les êtres et fonde ce refus du rapport de force qui s’insinue partout. La narratrice de Chlorophyllienne Création se demande si ce désir extrême n’est pas une simple fuite devant le réel. Elle (se) répond de manière définitive : « Fuite ? Non, plutôt évasion, ascensionnelle et sensationnelle évasion, synesthésique élévation, ô mânes chéris de Baudelaire ! Évolution, en spirale. La boucle fut bel et bien bouclée, mais moi, plus jamais bouclée, moi, plus jamais esclavée, moi, à jamais dégagée, à tout jamais désencagée. » (169).

Le nègre marron réincarné

La figure archétypique du nègre Marron, celui qui jure de « [marronner] aussi loin que lui permettraient ses forces et son jarret coupé » (21) hante bien des pages de ce volume. Simplement, ce grand mythe viril de l’insoumission antillaise se réincarne dans des âmes et des corps féminins. Comme le dit le « vieux diable qui hante le Gros-Morne depuis la mort du dernier Caraïbe et la descente en ville du dernier Nègre Marron » : « Sacrée pistache ! Kimafoutiésa ! Qui m’a foutu à présent une telle qualité d’espèce de femelles ouaïe-aïe-aïe dévergondées tout bonnement ? » (138).

La mémoire de la servitude

De sensibilité antillaise, - et il s’agit ici autant d’une filiation littéraire que d’une détermination ethnique ou raciale - l’écriture de Suzanne Dracius l’est également par la forte mémoire de la servitude. Le passé de la plantation tient une place majeure dans ce qui forme la conscience des personnages antillais mis en scène. Cela apparaît plus clairement dans les deux nouvelles les plus élaborées du recueil : Sa destinée rue Monte au Ciel et De sueur, de sucre et de sang. La reconstitution du passé est soignée, sur le mode réaliste. C’est l’héritage Flaubert-Maupassant mais le rhum tient lieu de cidre ; les propriétés normandes font place aux habitations du plateau de Didier tandis que Saint-Pierre prend le relais de Rouen. (Une de ses héroïnes, qui trouve un peu fade le brouet conjugal, ne s’appelle-t-elle pas Emma B - allusion transparente au maître du réalisme français ?). Quelques détails précis, bien choisis, permettent une évocation sensible de tel ou tel moment de l’histoire martiniquaise : pour cela, la presse d’époque est citée (Le Prolétaire, l’Opinion, Les Colonies, Les Antilles, « Journal industriel, commercial et agricole de la Martinique »). Les lieux sont décrits avec exactitude : les rues de Saint-Pierre, notamment cette rue Monte au Ciel qui fournit à la nouvelle puis au recueil tout entier son titre : « cette rue vertigineusement pentue qu’est la rue Monte au Ciel, qui n’est, à tout prendre, qu’un colossal escalier en pierre de taille aboutissant au Séminaire, après de multiples zigzags entre les innombrables bordels » . Ou bien encore le milieu étouffant du Haut-Didier donne lieu à une minutieuse composition (atmosphère, conversations…). Même si l’on n’échappe pas toujours à des canevas réalistes empruntés au roman, aux histoires sentimentales, ces petits faits vrais sont habilement tissés à la réalité des personnages, intégrés dans leur mode de vie et sont justifiés par la nécessité sociale ou psychologique de leurs personnages. Le passé est bien présent. Mais ce qui rend vraiment vivante cette mémoire antillaise, ce n’est pas le caractère historique des tableaux, procédé typique, voire stéréotypique du roman populaire qui cherche à susciter à peu de frais un « effet de réel », mais bien plutôt le travail sur la langue. C’est cette tentative de créer un style propre, un phrasé qui constitue, selon nous, l’originalité de l’écriture de Suzanne Dracius. C’est là que réside sa véritable audace artistique.

Le style latino-créole

La femme revendique hautement, on le sait, tous les héritages qui l’ont formée : africain, caraïbe, chinois, créole, français…Si le style, c’est l’homme même ou plutôt en l’occurrence la femme même, alors on ne sera pas surpris de découvrir une langue fortement métissée. Et de fait, le vocabulaire créole est fortement mobilisé ; ce n’est pas un usage exotisant du créole, une manière de produire à bon compte une couleur locale ; mais ce n’est pas non plus une stratégie pour entrer en rivalité avec le français et en faire éclater les structures. Le créole, souvent mis à contribution dans les discours directs, serait plutôt une manière de faire monter le ton, de surchauffer la parole, de conférer une énergie ou une violence frappantes aux mots ou aux gestes : les interjections ou onomatopées particulièrement savoureuses sont ainsi privilégiées (Wachap ! ou bien Wap ! Wap !(37) ; Tjouf (43) ; Tchip ! (45). ). Mais le parler créole n’est pas simplement une pièce dans un montage ; il ne se réduit pas à un procédé lexical. Il entre dans l’action, il est dramatique. Cela caractérise les passages stylistiquement les plus réussis dans lesquelles tout s’emballe et tourne en violence. Par exemple la querelle des deux L, les deux pêcheuses de Totor (cette pièce -cynique aumône que les voyageurs au large de Saint Pierre jetaient à la mer pour s’offrir le triste plaisir de voir la populace plonger et récupérer), Lusinia et Léona : « Coups de poing, coups de pied, coups de tête, po ! Crève les yeux. Isalope ! Massacre. L’autre L l’écartèle. Catapulte. Décime, extermine. Sale vermine !.. Tape, wabap ! Aveugle, éblouit : couteau jailli d’on ne sait où, éclair de lame éblouissante perforant l’air. Saigne, frappe, égorge. « Elles » roulent à terre, bloukoutoum, blo ! » (53).
Cependant, ce qui étonne et finalement signale paradoxalement aussi cette écriture comme non-hexagonale, c’est la présence insistante des racines latines et des références mythologiques. Dans l’héritage multiple décliné par Suzanne Dracius, il ne faut certes pas oublier nos « ancêtres les Romains ». On peut se dire tout d’abord que c’est une sorte de préciosité, un mélange d’affectation dandye et de culte passéiste pour Saint Gaffiot ; on trouve en effet souvent des traces plus ou moins insistantes de cette mémoire essentiellement livresque à travers les épigraphes de chaque texte, au fil de remarques étymologiques incidentes, de réminiscences, de citations ou d’allusions, d’hommages à des écrivains classiques. Mais on devine le jeu, l’ironie pleine de tendresse pour ces références humanistes désuètes qui forment un idéal de culture française, classique au point d’être scolaire, et tel que seul un étranger peut le forger. Dans une parenthèse de type grammatical, la narratrice de Petit enfant n’est pas grain de roche affirme non sans quelque provocation : « Je peux m’offrir le luxe d’opter pour l’impertinence latino-créole » (198). En définitive, dans un esprit parfaitement décomplexé, la culture française ( « la vraie », c’est dire qui n’existe que dans l’imaginaire), forme un élément parmi d’autres de la culture antillaise. Et d’une certaine manière, Racine et Baudelaire font bon ménage avec la vendeuse de poisson de Foyal, tandis qu’Euryale, la patronne békée de Léona, cette « Méduse madame de mes deux fesses, cette érynnie » (35) porte le nom d’une Gorgone. Rien de surprenant : le métissage de Suzanne Dracius ne connaît pas d’exclusive ; c’est un humanisme auquel rien d’humain n’est étranger. Et si on peut dire cette formule en latin, elle n’a pas moins de signification en français, en créole ou dans n’importe quel idiome. C’est la grande liberté de Suzanne Dracius. Elle a décidé de franchir le Rubicon : « alea jacta est ! »

SUZANNE DRACIUS "RUE MONTE AU CIEL"
(éditions Desnel)
224 pages - 16 euros

(paru dans « ANTILLA » n° 1046 – juillet 2003)