Anamnésie propitiatoire

 novembre 2005
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Prosopopées suburbaines

Anamnésie propitiatoire

In extremis dans le Neuf cube
Exhalant le Vicks Vaporub
Tu te rues vers quoi te référer
Intra muros Neuf au carré
Jamais en odeur de sainteté
Ni en guerre contre les Gaulois
Ni contre quelque quidam que ce soit
La haine contre personne pourtant
C’est la guerre à finir toutes les guerres
Dans un bain de sang
Gnomes versus nains
La guerre à finir toutes les guerres
Résonne sous ton capuchon
À tes oreilles la chanson
Fatale police-menottes-prison
La charge
Parmi les effluves incendiaires
Tandis que d’aucuns prêchent raison
En utopie du Black-blanc-beur
Du dedans vécue comme un leurre
S’il faut remonter aux Croisades
Y a-t-il une vie après le périf
Fût-ce une gageure que tu kiffes
Tu n’as plus pour nom prolétaire
Comme tes parents en galère.
Nul ne t’appelle contestataire
Comme ceux de Mai 68 naguère
Hors du contrôle des grands frères
Tu peux faire sans
Le Neuf au carré s’encanaille
Quoi que tu fasses, taxé de racaille
Où que tu ailles, pris en tenaille
« Où qu’il aille un nègre demeure un nègre »
dixit en son temps Fanon
Tu as envie d’apprendre à dire non

Chabin de toute façon tu es mal
Pour faire « négro » tu as le teint trop pâle
Il n’y a que ta carte qui fasse sefran
Pour le reste ni assez dark ni assez blanc
Tu as plus l’air maghrébin que noir
Tu n’as jamais la bonne couleur
Pour ton malheur
Te voilà estampillé canaille
Arabe ou beur
Plus tu es de couleur
Moins tu es visible
À chaque contrôle on te tutoie
Te traite comme un chien, te rudoie
Dès que tu vois babylone, tu cours
Tu as une trop bonne tête à bavure
Nul besoin de prouver ta bravoure
Gare, si tu ralentis l’allure
Éperdu, hagard, tu percutes
Pour toi, plus dure sera la chute
Pour peu que tu te trouves au pied du mur
Si tu sautes, tu t’électrocutes
Sauve qui peut, c’est une histoire
Qui peut se terminer à coups de pied
Sous l’objectif, furtif voyeur
Très subjectivement mateur
D’une vidéo amateur.
Un gigantesque pourrissoir
Qui dégénère en bourbier,
Abracadabrantesque mouroir
Qui risque de finir en charnier
C’est la guerre à finir toutes les guerres
Dans un bain de sang
La guerre à interdire le rap
Prends garde que l’on ne t’attrape

Fille, antan, on t’a cantonnée
Derrière un métier à tisser
De nuits de veille en nuitées
D’ores et déjà, il va te falloir veiller
Au métier à métisser
Dans la guerre à finir toutes les guerres
N’importe comment.
Hors des cités de maudition
Hors des barres de perdition
Métissage et marronnage
S’érigent
Émergent
Les deux mamelles de l’enfance
Métissage, moderne marronnage
Seule mammoplastie de l’En-France
Exutoire
Fort
Propitiatoire.
Fille, à force tu te dévoileras
Dès lors, ce vingt-et-unième siècle sera féminin ou ne sera pas.

© Suzanne Dracius Novembre 2005

Éditions Desnel, 2005

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