Exquise déréliction métisse : article d’A. BAIBECHE professeur à l’Université de Porto Rico

sur Romanitas et dans l’ouvrage "Métissages et marronnages dans l’oeuvre de Suzanne Dracius"
vendredi 20 mars 2009
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Exquise déréliction métisse : article d’Abderrahmane BAIBECHE
professeur à l’Université de Porto Rico : cliquer ici pour lire en ligne sur Romanitas

Exquise déréliction métisse : article d’A. BAIBECHE professeur à l’Université de Porto Rico
sur Romanitas et dans l’ouvrage Métissages et marronnages dans l’oeuvre de Suzanne Dracius
[extraits]

Exquise déréliction métisse se lit d’une seule traite et jusqu’au point final. Procrastinateurs s’abstenir.

Suzanne Dracius est à la littérature francophone ce que Rosa Parks est au mouvement des droits civiques aux Etats-Unis. En ces temps noirs et blancs, quand Rosa Parks, couturière de son état, fille de James et de Leona McCauley, refusa de céder sa place à un blanc, la calazaza des hauteurs de Balata était à peine née. Ecrivaine de son état, tissée et métissée, couturière et tisserande telle une Pénélope moderne ou une Shéhérazade déjouant la mort en tissant des histoires. Son métier à tisser, elle le doit à son métissage ethnique et linguistique. Créolo-franco-gréco-latine, Suzanne Dracius est une conteuse doublée d’une plume d’affront et à fronde. Son univers est enraciné dans la modernité de ses choix : roman, nouvelles, théâtre et poésie « urbaine et suburbaine ». Son identité est universelle, sa muse est africaine, son tort ? Un moi grec (comme disait Borges), un soi latin comme elle est de son nom, Dracius, et une voix calazazine qui a bu de toutes les eaux.

Armée d’une langue de l’ici et de l’ailleurs, Suzanne Dracius s’apparente à cette lignée d’écrivaines qui refusent un monde fait en leur absence. Et justement ! La présence est l’enjeu immédiat de l’écriture draciusienne. Exiger sa part de l’histoire, revoir où se situe la rupture, contrecarrer l’assujettissement, déjouer le mythe de la couleur, s’ériger comme voix alternative et occuper un espace, une place – dans un bus ou dans les us littéraires – peu importe, elle refuse le fatalisme de l’invisible, elle veut être. Elle veut être debout.

Toute son œuvre est une quête de réhabilitation, de démythification d’une histoire écrite au détriment d’une humanité exclue de l’histoire pendant des siècles. Il s’agit donc de combler une absence par l’effet d’une présence à travers des écrits où se mêlent révolte et cheminement ascendant.

[…] Ces héroïnes lui ressemblent. Entre une Rosa Parks et une Lumina Sophie ou une Léona tout court, la gémellité ne peut être que flagrante. Il y a forcément de quoi lire.

Son tout dernier, Exquise déréliction métisse (Desnel, 2008), est un recueil de poèmes aux délices multiples. Une voix toute décidée et qui traverse notre temporalité avec un verdict fort résonnant : « Dès lors, ce vingt-et-unième siècle sera féminin ou ne sera pas. »
[…]

Suite dans l’ouvrage collectif coordonné par le Pr Yolande Helm, de l’Ohio University : Métissages et marronnages dans l’oeuvre de Suzanne Dracius, éditions L’Harmattan : cliquer ici

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