La poétesse martiniquaise Suzanne Dracius publie "Scripta manent"

Par Philippe Triay - La 1ère France TV Info
mardi 19 juillet 2016
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- La poétesse martiniquaise Suzanne Dracius publie "Scripta manent" - Par Philippe Triay - La 1ère France TV Info - Publié le 28 juin 2016

"Le nouveau livre de la flamboyante écrivaine martiniquaise Suzanne Dracius vient de sortir. Intitulé « Scripta manent » (« Les écrits restent », en latin), l’ouvrage est une ode énergétique à la vie et à l’espoir dans un monde martyrisé."

« Scripta manent », « Les écrits restent ». Et ceux de Suzanne Dracius vont droit au cœur et à l’âme. Dans son dernier ouvrage, l’ex-professeur de lettres classiques, férue de latin et de grec, invite à la valse des mots et des langues en jouant subtilement avec le français, les citations latines et les expressions du créole martiniquais. Elle y mêle avec habileté prose, poétique de bien entendu, et versification.

Le recueil invite également à la réflexion sur le monde et l’actualité. En demeurant toujours en littérature. Sans oublier de rendre hommage au grand Aimé Césaire, la poétesse révèle des textes engagés, se définissant comme « afroascendante », et même « afromontante », avec « des racines africaines qui ne l’entravent pas », assumant ses « ancêtres indiens à plume et sans plume », tout comme ceux blancs et chinois.

"Ne pas renoncer"
De nombreux poèmes sont consacrés à ce « terrifique » 13 novembre 2015, jour des attaques terroristes en région parisienne, où 130 personnes trouvèrent la mort. « Ne pas renoncer », écrit Suzanne Dracius. « Ne lâchons pas nos livres, nos carnets / Serrons nos cahiers d’écolier / Cramponnons-nous à nos plumes / Accrochons-nous à nos crayons ! » « Nous sommes tous de cette même terre », prévient-elle dans un autre texte. « Et nous saurons bien faire taire / ceux qui refusent cette lumière / Lumière versus obscurantisme ».

L’écrivaine rappelle aussi qu’elle est une femme debout, « fanm doubout, fanmdjòk », comme dit la langue créole. Libre. « Nul ne me tient », insiste-t-elle, qui « pisse » sur l’obscurantisme. « Je pisse dessus, en femme debout / Je pisse debout ». Dans un long et émouvant poème, « Sentir le vent dans sa chevelure » (voir extrait ci-dessous), Suzanne Dracius décline les combats qui lui tiennent à coeur. Contre le sexisme, la sujétion et la violence envers les femmes. « Sinon le monde sera sans lendemains / qui vaillent la peine (...) la terre ne sera pas peuplée / d’hommes dignes de ce nom ».

Suzanne Dracius, « Scripta manent » - éditions Idem (juin 2016), 85 pages, 11,80 euros.

« Sentir le vent dans sa chevelure » (extraits, nouvelle version)

« Au nez et aux barbes barbares des obscurantistes de tout poil,
incantatoire et propitiatoire :
Elle a le droit d’aller
à l’école,
elle a le droit d’obtenir une bourse même si elle n’est plus vierge,
en Afrique du Sud et partout, dans le monde entier,
de ne pas subir un mariage
forcé
sous la loi d’un seigneur et maître
– saigneur et maître –,
de ne pas être excisée,
de ne pas être infibulée,
de ne pas être mutilée,
de ne pas avoir le visage tailladé au rasoir
par un mari de contrainte qui fut naguère son violeur,
de ne pas être défigurée à l’acide
soi-disant pour laver l’honneur de sa famille
ou sous le fallacieux prétexte qu’elle était « mal voilée »,
ou qu’elle portait atteinte à la virilité
de son seigneur et maître saigneur et maître
parce qu’elle voulait divorcer pour ne plus être rossée ni enfermée,
de ne pas avoir la gorge tranchée sous les yeux
de ses enfants par un homme dont elle ne veut plus,
contrainte ensuite de donner au bourreau des nouvelles
d’une progéniture éperdue,
de ne pas être violée ni pendue,
de ne pas être vendue
moins cher qu’un dromadaire,
de ne pas être battue,
de ne pas être exposée dans une cage,
nul n’a le droit d’examiner sa denture,
de tâter la fermeté et la courbure
de ses seins et de son arrière-train,
aucun quidam n’a le droit de lui mettre la main aux fesses,
elle a le droit de ne pas être déshumanisée,
de ne pas être brûlée vive parce qu’elle refuse son corps,
ni soumise, ni convertie de force
ni réduite en esclavage,
de ne pas être enlevée
ni droguée ni forcée
à guerroyer
en des guerres qui ne sont pas les siennes,
enfant-soldat à son petit corps défendant,
elle a le droit de disposer de son corps,
son ventre n’appartient à personne,
elle a le droit de ne pas tomber
entre les mains de faiseuses d’anges,
elle a le droit d’ouvrir un compte en banque,
toute seule comme une grande,
elle a le droit de travailler sans
l’autorisation de son seigneur et maître
– saigneur et maître – »
(…) "
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